• Stella

Ma mère m'a détruite

Bonjour à tous, je reprends l'écriture après des mois d'introspection et une étude approfondie de mon parcours chaotique.


L'origine de cette guérison ? Une visite chez le docteur. Je ne me sentais pas bien face à des attitudes incompréhensibles d'une ancienne collègue, qui ne m'atteignaient pourtant pas en surface, mais qui me ramenaient à des démons du passé. Pendant cette consultation de base classique, la question fatidique.

"Qui vous a manipulé dans votre plus tendre enfance ?"

- Personne, je n'ai pas l'impression d'avoir subi de manipulation.

- Quelle enfant étiez-vous ?

- Effacée, toujours sage.

- Sage ? Mais pourquoi ?

- Je ne voulais surtout pas décevoir.

- Et qui ne vouliez-vous pas décevoir ?

- Euh ..... ma mère ..... je ne supportais pas d'être décevante à ses yeux.

Il m'a fait dessiner un bonhomme. Avec un noeud papillon que j'ai placé au niveau du cou. Il en a déduit que ma mère aurait souhaité un garçon, et que mes réactions émotionnelles montraient qu'elle a été déçue de ma naissance et m'a fait payer sa déception.


Je suis rentrée chez moi, j'ai réfléchi longuement. Pendant tout le weekend. Et là, les souvenirs sont remontés. Des souvenirs enfouis, cachés, presque oubliés, en tout cas en surface.


Je suis née de ce qu'elle catégorise de relation sexuelle forcée. Par mon père, avec qui elle vivait. Elle a quitté mon père quand j'avais 1 an et demi, m'a confié une fois quand j'étais enfant, qu'elle aurait mieux fait de me laisser dans une poubelle en partant.

J'ai grandi avec beaucoup de culpabilité en moi, jamais expliquée, une impression de ne pas être dans la bonne famille. Je jouais souvent dans mon jardin, à imaginer que j'étais une enfant délaissée, et que des inconnus venaient à ma rencontre pour m'expliquer que j'avais été échangée à la naissance, que ma réelle famille m'attendait.

Je pense qu'à l'époque, j'aurais pu partir sans réfléchir avec n'importe quelle personne qui aurait prononcé ces quelques mots. J'ai même déjà souhaité être enlevée, kidnappée.

Je me suis toujours trouvée nulle, je pleurais beaucoup, je n'étais pas aimée à l'école, j'ai subi le harcèlement scolaire. Ado, j'étais dans une attente, j'attendais que les jours passent et que ma vie défile, comme un film où il ne se passe rien, quand on attend juste la fin sans espoir de mieux.


Je n'ai pas reçu de câlin, je n'ai pas entendu ma mère me dire qu'elle m'aimait. Ni me dire que je suis jolie, mais plutôt "on dirait une pute" quand j'ai mis du crayon sur mes yeux en fin de collège.


Je ne peux pas raconter tout ce que j'ai vécu car des personnes ne voudraient pas être citées, mais j'ai beaucoup souffert. Et puis il faudrait écrire un livre entier !

J'ai grandi avec l'idée que je n'arriverai jamais à rien, que je n'étais capable de rien, que j'étais juste inintéressante et vide de potentiel.

Je me suis un peu rendue compte de ce dysfonctionnement maternel quand j'ai commencé à vivre seule, à 18 ans. Ma colocataire avait une mère présente, qui s'inquiétait de nous, de savoir si nous avions tout ce qu'il fallait, qui la prenait dans les bras, juste comme ça, parce qu'elle l'aimait.


En devenant adulte, une voix raisonnait en moi, "tu es nulle". Lorsque je rencontrais des obstacles dans ma vie, je me répétais "c'est normal, tu es nulle. Une grosse merde qui sert à rien". Et ça a duré.... jusqu'à ce que je lui ferme ma porte définitivement, il y a un peu plus d'un an.


Terminé de la recevoir dans ma maison, dans ma famille, elle et ses réflexions incessantes, ses "pics" visant à me descendre et me rappeler que je ne suis pas assez bien.

Terminés les appels qui durent des heures, pendant lesquelles elle parlait sans s'arrêter, pour me raconter tout ce qu'elle faisait, sans s'intéresser à ce que je disais (enfin très rarement). J'avais fini par ne plus rien raconter, fatiguée d'être coupée avec indifférence, et même jusqu'à feindre être occupée pour ne plus l'entendre.

Depuis, j'ai grandi en moi. J'ai lutté contre cette voix dans ma tête, elle est partie récemment ... très récemment.

Je me suis permise de m'aimer, de me trouver belle, intéressante, capable. Je me suis vidée de toutes ces souffrances, j'ai adopté le lâcher prise et l'acceptation.

Je suis maintenant capable de comprendre que la vie n'est que bonheur, qu'il suffit de la laisser faire son chemin, accueillir les événements heureux à bras ouvert, parce que je les mérite, et les événements malheureux, parce qu'ils sont nécessaires aux changements et aux réglages de mon existence.

Nous avons tous cette force en nous, et cette lumière qui brille. Parce que nous sommes tous capables de tout ce que nous voulons, et seules nos peurs sont des obstacles. Des peurs qui nous viennent souvent de mauvais schémas inculqués depuis notre tendre enfance.


Merci à tous de m'avoir lue, sachez que chaque rencontre nous apprend et nous fait avancer.

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